25 avril 2010

Le sport, le fruit du capitalisme

Rares ont été les auteurs, même ceux qui se réclamait du marxisme, à comprendre, a fortiori à admettre que la détermination capitaliste du sport n’était pas un adjectif péjoratif, ni un slogan infâmant (une insulte), mais la caractérisation scientifique de l’appartenance de l’institution sportive et des pratiques générées par elle à un mode de production, un type de société, une civilisation, une culture qu’il faut bien nommer capitalisme. À cet égard, et pour répondre aux critiques ou lever les malentendus, je crois nécessaire de préciser les points suivants :

a) le sport moderne apparaît avec l’émergence puis l’expansion du mode de production capitaliste. La naissance du sport est donc corrélative du capitalisme comme ensemble spécifique de rapports sociaux et d’institutions ;

b) l’histoire du sport s’inscrit totalement dans le développement du capitalisme, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale. La mondialisation de l’institution et des pratiques sportives (fédérations internationales, championnat du monde, Jeux olympiques, Comité international olympique, etc.) est totalement synchrone de l’impérialisme, c’est-à-dire plus précisément, de l’avènement du marché mondiale. Il est impossible de comprendre le fait sportif contemporain si on ne l’intègre pas dans le processus de relations internationale et des échanges multinationaux. La périodisation du sport elle-même s’insère dans les cycles internationaux du capital et dans les grands « tournants », crises, ruptures, etc. de la société bourgeoise ;

c) le sport actuel est un sous-système du système capitaliste dont il réfracte tous les principes de fonctionnement, toute les tendances, toutes les contradictions. En ce sens, l’institution sportive ne peut se comprendre que dans le cadre d’un système social spécifique : le capitalisme. Les rapports structurels du sport et du capitalisme déterminent des homologies fondamentales entre la mise en valeur du capital et la recherche de la performance sportive (course au rendement, chasse aux records, obsession de la compétitivité, etc.). C’est la totalité concrète (le capitalisme contemporain) qui détermine en dernière analyse le sport en tant que partie d’un tout. Le sport n’a donc pas de vagues affinités électives avec « la société » en général, mais a contracté un mariage d’amour et de raison avec la société capitaliste dans ses manifestations les plus concrètes.

d) La réalité sportive est un fait social total (Mauss) ou une totalité concrète (Lukács) qui condense de manière complexe (à travers une série de contradictions) toutes les déterminations, instances, modalités, caractéristiques de la société capitaliste.[…] le sport moderne est capitaliste à la fois du point de vue des rapports économiques, des institutions sociales, des appareils étatiques, des instances idéologiques, des formation culturelles et des réseaux symboliques (mythes, fantasmes, discours, etc.) du capitalisme dont il est le produit dialectique et qu’il continue à produire et à reproduire à son tour.

e) Le capitalisme lui-même est une totalité concrète qui ne se réduit pas à sa seule dimension économique, comme de toutes parts on cherche à le faire accroire, soit par ignorance du marxisme, soit par malveillance. Chez Marx, comme chez Lénine, Trotski, Rosa Luxembourg, Gramsci, Lukács, pour n prendre qu ces classiques-là, le capitalisme est une totalité articulée de rapports sociaux (de production, de consommation, de distribution, etc.) un enchevêtrement d’institutions, un entrecroisement d’instances idéologiques, bref ne formation socio-culturelle complexe. […]

f) Enfin, et ce point me paraît capital, le capitalisme est un mode de production historique qui n’a pas encore été dépassé à ce jour. Toutes les principales sociétés de la planète sont soumises à l’action internationale de la loi de la valeur capitaliste parce que le capitalisme est aujourd’hui le mode de production hégémonique, à l’Ouest comme à l’Est, au Nord comme au Sud. Les anciennes sociétés socialistes (le « socialisme réellement existant ») n’ont été que des formations capitalistes bureaucratiques d’États avec des systèmes politiques de parti unique et d’État totalitaire. Il n’est donc pas étonnant que les sociétés libérales et les démocraties populaires aient eu, quant au fond, les mêmes institutions sportives axé sur la production de champions, la compétition à outrance, l’organisation scientifique du travail sportif, l’étatisation de l’élite.

Jean-Marie Brohm, Les meutes sportives - Critique de la domination, pp.25-28, 1993 © L’Harmattan

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