Le libéralisme fera donc de la logique de la firme l’alpha et l’oméga des politiques économiques et d’entreprise. La vision du monde se restreint aux contraintes qui pèsent sur l’entreprise. Cette microéconomie envahit nos sociétés. Elle conduit à considérer les chômeurs, les pauvres comme des délinquants en puissance, elle change notre regard sur la société et les êtres humains. Elle tue l’imagination. C’est une société du mépris véhiculée par la justification des inégalités via cette « société du risque » - seulement pour les salariés, les « parachutes dorés » indiquant que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne – qui ne considère que les winners et laisse sur le côté les losers. Les perdants se trouvent surtout parmi ceux et celles qui refusent de jouer ce jeu, comme les fonctionnaires. Ce mépris touchant des professions entières, comme les enseignants, déconsidère les services publics. Il accentue et approfondit la crise du modèle d’intégration à la française qui passait par l’intermédiaire de l’école. Dans le même temps elle fait considérer les dépenses culturelles comme totalement inutiles.

Nicolas Béniès, Petit manuel de la crise financière et des autres…, pp. 76-77, 2009 © Syllepse

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