Petit manuel de la crise financière et des autres...

Le « réformisme » au sens fort du terme est une stratégie de réalisation du socialisme par un ensemble de réformes anticapitalistes pour arriver sans révolution au socialisme. Son théoricien le plus célèbre, grand commentateur de Marx, Éduard Bernstein, ne se lit plus et est absent des débats actuels. Son célèbre adage « le mouvement est tout », n’est même plus dans les esprits. Les redécouvertes se font partiellement, empiriquement. La « communication » prend le pas sur la conceptualisation. Les mots, à force d’être utilisés à tort et à travers, perdent leurs sens. Pire, ils possèdent un sens différent suivant les générations. Ainsi que peut vouloir dire « réforme » pour la génération d’aujourd’hui ? Sarkozy et son gouvernement l’emploient à longueur de journée pour signifier les destructions des droits et la casse des services publics.

Le « réformisme », dans son acception bernstanienne, a disparu. Plus personne ne défend cette

stratégie. Pas plus que les divers partis de la 2ème Internationale que le PS français, gangrené, au niveau de sa direction, par l’idéologie libérale. La politique de Lionel Jospin est venue démontrer ce passage du réformisme au libéralisme. Ce dernier voulait réaliser la quadrature du cercle : poursuivre dans la voie des politiques d’inspiration libérale sur le terrain économique et limiter les destructions sociales résultant de ces politiques par un accompagnement social.

La génération qui arrive sur le marché du travail n’a connu que le libéralisme. Elle baigne- elle a baigné jusqu’à la crise actuelle- dans l’idéologie libérale. Son comportement est structuré par cette idéologie, par cette vision du monde. Les mobilisations permettent de commencer à la contester et la crise devrait lui servir de leçon des choses.

Nicolas Béniès, Petit manuel de la crise financière et des autres…, pp.62-63, 2009 © éditions Syllepse

* Nicolas Béniès est chargé de cours à l'Université populaire de Caen. Collaborateur du monde diplomatique, del'Université syndicaliste Magazine, il est directeur de publication de la revue L'Ecole émancipée.