Le personnel de Radio France Internationale est entré dans sa troisième semaine de grève "illimitée" pour protester contre un plan de licenciement. Une grève qui paralyse fortement l’antenne et pénalise les auditeurs, mais qui, pour l’instant, ne fait pas réagir la direction

Rédaction internationale) RFI a connu une très mauvaise année 2008, aussi bien en termes d’audience qu’en matière financière (9 millions d'euros de pertes en 2008). Le 15 janvier, la direction annonçait un "plan global de modernisation", qui prévoit la suppression de 206 emplois et la fermeture de six rédactions en langues étrangères (allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien). Depuis cette annonce, l'intersyndicale de l'entreprise est mobilisée. Depuis le 12 mai, à l'appel de 4 syndicats, une partie des salariés a entamé une grève tournante "illimitée", reconduite chaque jour, qui bloque 80% de l'antenne.

Bras de fer
Des négociations ont bien été entamées entre la direction et les syndicats après l’annonce du plan social, mais elles sont toujours dans l’impasse. Le comité d’entreprise a saisi la justice, qui a suspendu le plan social, et a demandé auprès de l’Elysée la nomination d’un médiateur, ce que la direction refuse.
Pour justifier le plan social, la direction avait d'abord invoqué une baisse de l'audience - argument qui a ensuite été abandonné - et des "raisons géostratégiques". Deux arguments qui ne sont, pour les syndicats, "ni valables ni justifiés".

"L’Etat devrait donner l’exemple"
Le plan d’autant plus controversé qu’il survient en pleine polémique : non seulement la direction vient d'être condamnée par les prud'hommes à intégrer en CDI une trentaine de salariés qui jusque là cumulaient les CDD, mais l’intersyndicale a révélé mercredi que le président de RFI, Alain de Pouzilhac, et la directrice générale Christine Ockrent, recevaient chacun un salaire annuel de 310.000 euros.

De plus, RFI est une entreprise publique, et beaucoup estiment qu’en temps de crise, alors que le gouvernement affirme lutter contre les plans sociaux, l’Etat devrait commencer par "donner l’exemple". C’est ce que demandent les signataires d’une pétition parue aujourd'hui dans Libération, parmi lesquels figurent de grands noms de la scène politique, culturelle, artistique et médiatique.

La voix de la France
Avec 46 millions d’auditeurs dans le monde, RFI est la voix de la France à l’étranger. Depuis plus de trente ans RFI diffuse l’actualité dans 74 pays, en 20 langues. Les signataires de la pétition soulignent qu’elle "joue un rôle actif dans la politique et la diplomatie de la France", représentant les valeurs, ajoutant que "c'est la radio qu'écoutait Ingrid Bétancourt dans la jungle colombienne, Lech Walesa envoyé en résidence surveillée ou les otages français au Liban".

Mais la France est en train de muer. La "modernisation" de RFI s’inscrit dans le contexte de création de la holding Audiovisuel extérieur de la France (AEF), groupe rassemblant RFI, TV5 Monde et France 24. Une recomposition dans laquelle les journalistes de RFI, qui voudraient voir leur radio être le "fer de lance" de la nouvelle structure se sentent plutôt "soufre douleur", d'autant que la direction de l'AEF envisage de développer France 24. Pourtant, si RFI subit de plus en plus, en particulier en Afrique, la concurrence de radios locales, elle demeure une référence. Et dans certains pays, les auditeurs vivent mal les interruptions de programme. A terme, la grève pourrait endommager sévèrement l'image de la station.

Audrey Vassalli (www.lepetitjournal.com) mardi 2 juin 2009


Pour en savoir plus :
Le site de la grève à RFI
Libération : Les langues se défient à RFI
Le Point : RFI : la justice suspend le plan social
Le Pays (Burkina Faso) : Grève à RFI : Les auditeurs africains sevrés
Rue 89 : France Monde est née : ensemble, le pire devient possible