Alain Brossat

Dans une perspective historique, la question n’est donc pas de savoir que faire de la prison, comment améliorer les prisons, voire comment aligner l’ordre pénitentiaire sur les normes générales de l’État de droit- mais biens de se demander comment s’en débarrasser, et au plus vite, puisqu’il est déjà évident que nous serons considérés rétrospectivement avec une répulsion et un mépris certains par de proches générations à venir pour avoir fait cohabiter, apparemment sans trop d’états d’âmes, nos petits soucis, nos espérances, nos raffinements technologiques, et surtout notre opinion de nous même comme civilisés avec la prison.   

Ce n’est pas seulement au souvenir d’Auschwitz et d’Hiroshima que l’humanité à venir mesurera ce qui nous séparait d’elle. C’est aussi au fait qu’à côtés de ces sites témoins de la fureur exterminatrice qui habita le XXème siècle, nous aurons considérablement constellé la surface du globe de ces lieux banals de l’enfermement pénal qui sont autant de fabriques d’une sous-humanité, non seulement retranchée du monde commun, mais mutilée et détruite, abandonnée en même temps qu’exposée sans relâche comme tribut de l’État moderne.

Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, pp. 8-9, 2001, © La fabrique