Sécurité . Les violences policières se multiplient à l’issue des manifestations.

Les fins de manifestations se suivent et, malheureusement, se ressemblent. De fait, depuis que Nicolas Sarkozy a fait sauter un préfet qui avait eu l’imprudence de laisser des manifestants troubler la quiétude qui sied aux déplacements présidentiels, les forces de l’ordre s’en donnent à coeur joie. Comme à Amiens où, lundi, les CRS ont chargé un sit-in de lycéens et d’enseignants en marge de l’inauguration, par Xavier Darcos, d’une plate-forme téléphonique d’aide à… l’orientation. Étudiants et universitaires se mobilisent contre « la répression policière ». Une motion votée lundi, à Strasbourg, par la Coordination nationale des universités, apporte ainsi son « soutien aux personnes arrêtées dans une extrême violence lors du mouvement de contestation actuel ». Si des arrestations ont eu lieu un peu partout en France, à Paris, jeudi 19 mars, ce ne sont pas moins de 300 personnes qui ont été interpellées place de la Nation, une cinquantaine faisant l’objet de poursuites. « On cherche à organiser une défense collective et, pourquoi pas, à constituer un collectif anti-répression », indique une militante. Une réunion sur le sujet est d’ailleurs prévue demain, en fin d’après-midi, à la Bourse du travail.

Alors, durcissement de la répression ? Instructions spécifiques ? Soupir d’un policier : « Ce n’est rien que du très classique. Tout le monde le sait : Nation, c’est chez nous. Là, la manifestation était autorisée jusqu’à 21 heures. Et on s’attendait à se retrouver avec 500 personnes qui allaient rester sur place. Dans ces cas-là, la place est fermée hermétiquement. Avec, comme seule issue, le métro. Petit à petit, les derniers récalcitrants sont encerclés. Avec interpellations en cas d’échauffourées. » Et d’ajouter : « Même si rétablir la circulation est le plus simple pour disperser une manif, là, ce n’était pas possible. » D’aucuns se demandent si le but n’était pas, comme souvent, de « faire du chiffre ». « Bon nombre de personnes qui ont été arrêtées avaient pour seul tort d’être au mauvais endroit au mauvais moment », estime un manifestant. Un autre aura été surpris « d’entendre parler de 300 interpellations alors que la police n’avait pas encore fini »

Les « meneurs » visés

De fait, en termes de répression des mobilisations, la police semble passer à la vitesse supérieure. En témoigne une note, en date du 10 février, et qui vise à identifier les « meneurs » des manifestations sauvages. Une blague de RG ? Pas du tout : « Là, le but est d’identifier pour poursuivre. Et donc, clairement, de casser du militant, voire des organisations », nous explique le même policier. Une pratique en quelque sorte inaugurée par le DAL et son président, Jean-Baptiste Eyraud, objets de plusieurs procédures récentes. Mais s’il s’agit là de faire passer le goût du pavé par l’entremise de quelque condamnation pénale et/ou pécuniaire, la maréchaussée use parfois de moyens plus directs.

Ainsi, jeudi, Myriam - Eckert, Bordelaise de trente-sept ans connue pour son activisme, s’en est rendu compte à son corps défendant. « Après la manifestation, je suis allée soutenir des squatteurs qui étaient en train d’être expulsés, nous raconte-t-elle. Et là, après quelques slogans, on nous a demandé de quitter le trottoir. On a refusé. La dernière chose que j’ai entendue, c’est : "Allez, on y va !… » Myriam verra quatre policiers s’acharner sur elle à coups de matraques. Résultat : sept points de suture à la lèvre, de multiples contusions au visage, huit jours d’interruption temporaire de - travail. Poursuivie pour « violation de domicile et dégradations publiques », elle a décidé de porter plainte contre les forces de l’ordre. Car, pour elle, « si on s’est acharné à ce point contre moi, ce n’est pas par hasard »

Sébastien Homer

Source: humanite.fr