En tournée au Proche-Orient, Sarkozy défend sans équivoque le principe de l’agression israélienne dans la Bande de Gaza.

Nicolas Sarkozy entend, à l’instar d’Israël, profiter de la vacance de pouvoir aux États-Unis pour être à l’initiative. Plus à l’aise dans les gesticulations diplomatiques que dans la défense de sa politique intérieure, il veut jouer un rôle de premier plan au Moyen-Orient. L’omniprésident français a redoublé d’efforts pour être le premier chef d’État occidental à se rendre dans la région depuis le début de l’offensive israélienne. Mais pour y faire quoi ?

Sarkozy prétend se situer dans la « tradition française », qui voudrait que la France soit amenée à jouer un rôle particulier dans une zone qu’elle a autrefois colonisée. Comme Chirac en 2006 au Liban, il entend faire de la France un acteur majeur dans la résolution des crises qui secouent périodiquement une région aux enjeux économiques et géostratégiques majeurs. Et, comme Chirac avec le Liban, les déclarations de Sarkozy indiquent que, loin d’être « particulières », les positions françaises sont de plus en plus, sinon totalement, alignées sur celles des États-Unis et d’Israël : c’est la condition indispensable pour un impérialisme déclinant qui veut continuer à jouer un rôle dans la région.

« La France est l’amie d’Israël et la France sera toujours aux côtés d’Israël lorsque sa sécurité et son existence seront menacées », affirmait-il en juin lors d’un discours enflammé, véritable déclaration d’amour à Israël, devant la Knesset. La presse israélienne s’était alors félicitée des positions de Sarkozy, le célébrant comme un ami d’Israël, enfin débarrassé des prétendues positions « pro-arabes » de la France gaullienne.

En bon ami, Sarkozy a reçu Tzipi Livni, fin décembre, afin de lui assurer que, même si la France « regrette » l’usage de la force, elle soutient « le droit d’Israël à assurer sa sécurité ». Les déclarations officielles sont marquées par la condamnation de « toutes les violences » et le trait d’égalité entre l’État agresseur et la population agressée. Sarkozy a même déclaré, dans la presse libanaise, que « le Hamas, qui a décidé la rupture de la trêve et la reprise des tirs de roquettes sur Israël, porte une responsabilité lourde dans la souffrance des Palestiniens de Gaza ». Le Hamas, un acteur décisif que Sarkozy ne rencontre pas, pour ne pas froisser l’ami israélien.

Mais, malgré ces garanties, Israël a opposé une fin de non-recevoir à la proposition du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, d’établir des corridors humanitaires pour la population de Gaza. Israël entend mener sa guerre sans subir aucune pression, et Israël décidera du timing et des conditions du « cessez-le-feu », quand la situation sur le terrain aura été suffisamment modifiée à son avantage. Sarkozy se gargarisera alors d’un succès diplomatique de la France, alors qu’il aura contribué, par ses gesticulations, à ce qu’Israël gagne du temps.

On ne peut défendre les positions de l’impérialisme français et faire allégeance à Israël tout en prétendant être du côté de la justice et du droit. Sarkozy a choisi son camp. Ce n’est définitivement pas le nôtre.

Julien Salingue

Source: Rouge