03 novembre 2008

Offensive n°19 - Foutez-nous la paix

Offensive n°19

Guerre, armement, militarisation
Foutez-nous la paix !

Pour les dirigeants planétaires, le monde est une carte d’état-major bien quadrillée, parsemée de bases militaires, avec ses zones de guerre et ses zones pacifiées. Dans les unes, les armes parlent et le sang coule. Dans les autres, l’ordre militaro-sécuritaire fait régner la paix sociale sur le terreau de la peur. La généralisation de la paranoïa militaire et la culture qui l’accompagne (esthétique du treillis et de la voiture-tank, culte de la violence et de l’hyper-technologie) sont symptomatiques d’une société militarisée.

Dans la guerre, c’est toujours le peuple qui paye, soit par l’impôt qui finance l’armée, soit en nature : tueries, viols, famines, déplacements de populations, destructions massives, etc. Une fois la paix revenue, restent de nombreuses séquelles: corps mutilés et esprits traumatisés, pays en ruine, territoires pollués et parsemés de mines.

Au-delà de la condamnation morale du phénomène guerrier, une vision politique révolutionnaire ne peut faire l’économie d’une critique globale du système qui produit la guerre. Depuis le 11-septembre, le complexe militaro-industriel s’est transformé : la privatisation de l’armée et la course renouvelée aux armements et à la technologie ont donné naissance au système industriel militaro-sécuritaire.

Face à cette situation, les résistances à la guerre, bien que peu médiatisées, se poursuivent un peu partout dans le monde. Les populations autour des bases militaires, les femmes pacifistes luttant contre les exactions des hommes en armes, les objecteurs qui refusent encore et toujours la militarisation de la société, tous-toutes luttent contre l’ordre militaire.

L’antimilitarisme libertaire reste d’actualité en nous rappelant que la raison d’être de l’appareil militaire est la défense du pouvoir de l’État et des intérêts de la classe dominante. Il est grand temps de nous réapproprier les idées antimilitaristes pour nourrir nos analyses et nos luttes dans des domaines aussi différents que l’opposition à l’exploitation néocoloniale, à l’emprise technologique, au saccage de la planète ou aux violences patriarcales. Par ailleurs, l’antimilitarisme conduit à une critique de l’État par laquelle il est nécessaire de passer pour qu’enfin cessent les guerres et que les oppresseurs nous foutent la paix.

Au Sommaire

En bref ici

Analyses
Faut-il s’opposer à la propagande ?
Marcher la nuit…
Plus lâche, plus cynique, plus cupide

Histoire
L’Espagne libertaire, loin des images d’Épinal
Les lois d’exception sont faites pour toutes et tous !

Dossier Foutez-nous la paix !
Le système de la guerre
La privatisation de la guerre
On n’arrête pas le progrès… militaire!
La culture guerrière dès le berceau
«Bring the war home»
L’empire des bases militaires
Le COT: trente ans d’antimilitarisme
Des résistances au coeur de l’Europe
Femmes contre la guerre
Histoire fragmentaire des résistances à l’ordre militaire

Horizons
Lettre d’un Français aux Roumains qu’on empêche…
En bref ailleurs

Entretien
Tous propriétaires

Alternatives
Baluet, une expérience de vie collective en Ariège

Contre-culture
Livres – Musique – Arts vivants – Ciné

Source: http://atheles.org/offensive/numeros/offensiven19/index.html

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Commentaires sur Offensive n°19 - Foutez-nous la paix

    La guerre froide sur la toile

    Si le choeur médiatique standard, toujours en attente, c'est son côté messianique, de l'événement qui fera simultanément bombe et date, vise, en-deçà de considérations psychopathologiques, à propos, par exemple, des relations torrides entre la France et l'Allemagne, vise par conséquent à apaiser les actionnaires d'abord, ces grands énervés qui vivent sous la lune étatique, il ne va pas jusqu'à louer le défaitisme révolutionnaire. Ça irait immédiatement à l'encontre du défaitisme qu'il pratique en milieu prolétaire, en exigeant de nous, la capitulation sans conditions devant l'internationale capitaliste, qui en est à sa troisième révolution culturelle.
    Cette révolution, qui se veut grande et glorieuse, se vante à présent d'avoir sauvé le paysan chinois de la famine et l'ouvrier français, des machines, grâce à son dieu libérateur du troisième millénaire: la mondialisation financière. Mais ce meilleur des mondes, flottant dans sa liberté immuable et mu par une justice illimitée, vient de buter bêtement sur son culot sans limites, en s'enlisant audacieusement dans sa croissance qu'il jure, éternelle. Et alors fatalement, reviennent, sur le devant de la scène tous les deus ex machina nationaux. Un dieu en cache toujours des centaines d'autres. C'est la loi de toute tragédie historique que d'être farcie jusqu'aux yeux.
    Sans état, en effet, que deviendraient les crabes de cocotier de la mondialisation, quelle serait leur bobine? Eh bien, ils seraient à l'image de ce qu'ils sont véritablement: un égoïsme plat et vulgaire, dont l'inconsistance chronique fait le lit de toutes les pègres, respectueuses, à leur manière, forte, de l'ordre, et avides de blanchiment, outre qu'il offre aux parvenus, managers et actionnaires, la dolce vita qui les motive. Sans état, tout ce beau monde n'aurait nulle part où s'abriter. Pas de guerre, sans havre de paix, comme dit un mordu du pouvoir intellectuel, en France. A chacun ses limites.

    C'est dans le cadre de ce tableau, au sujet surréaliste de l'hydre du marché à têtes en pots de fleurs présidentielles, que l'arrivée du soldat wikileaks fait tache et gâche l'idylle entre communicants et communiqués. Le choeur médiatique, en effet, a coutume de fonctionner à guichets fermés devant un public-vedette qui s'autochoisit. Cette démocratie de mameluks a les partis en horreur, en tant qu'ils sont des éléments incontrôlables, des asociaux, des fous en liberté, les esclaves maudits de Pharaon. Le nom de dieu sans attributs ne serait plus que synonyme de lui-même, autant dire rien! Mais qu'en est-il de wikileaks.org du point de vue des opinions régnantes, propagatrices d'un nouveau Kulturkampf? Ça va trop loin, gémit un pape retiré du marché qui prône une forme laïque de restriction mentale, qu'on peut résumer comme suit:

    « Dire la vérité est bien sûr un devoir ; mais il ne l'est qu'envers celui qui a un droit à la vérité. Personne en effet n'a de droit à une vérité qui fasse du tort à d'autres. »

    Ou pour le dire de façon plus expéditive et donc plus médiatique, trop de glasnot tue la perestroïka. Ainsi les démocraties, et le pape en question précise, libérales, la confiance règne, seraient faibles et mal armées, face aux dictatures, il va de soi, totalitaires. Il y a donc des dictatures démocratiques qui seraient, en quelque sorte, l'Autre de la démocratie idéale. La Raison triomphante, pour qui tout mensonge, toute tromperie quels qu'ils fussent devaient être défendus quelle que fût leur interprétation et quelles que fussent les circonstances, finit toujours, à force de contorsions idéologiques, par se prendre le pied, dans son propre entendement de marchands de tapis. Mais cette analyse, si fine qu'elle en paraît vierge, du rapport entre démocratie et dictature est exactement à l'inverse de ce qui se passe dans le monde, depuis trente ans. Les dictatures tombent les unes après les autres, la démocratie capitaliste perdure. Si donc la chair mondialisée des crabes de cocotier est faible, ils savent, semble-t-il, s'envelopper dans le cuir étatique le plus dur. Ce cuir, quelque part, en tant que trique, est facteur d'ordre qui va et vient, garantissant les marchés, de leurs aléas monétaires et financiers. Aussi est-il tout à fait logique que les dits marchés, en retour, huilent et branlent le mammouth. Leur démocratie a bel et bien un prix. Et si ça creuse, les déficits, tant pis! Quelqu'un paiera.

    Prolétaires, admirons comme le pape en question, retrouvant son esprit symbolique, planant au-dessus des cocons du marché, se métamorphose en papillon de pare-brise démocratique. Cette police-là d'un Français comme les autres, citoyen de comédie donc, cultive quelque accointance avec le bris de glace et le vol à la roulotte. Et alors fatalement, trempant dans une atmosphère aussi louche, elle suscite, comme en écho, son alter ego soucieux de faire toute la lumière: mais pour qui roule la police? Pour la CIA, croit savoir ce satellite et garde-suisse-espion qui trouve que le hasard penche un peu trop du côté où il va s'abattre. Par exemple, sur la poussette islamique iranienne où ronronne un tigre biblique, rêvant du grand escalier de l'harmonie économique, qui mène, comme chacun sait en Europe, tout droit vers la paix.
    Il trouve que ce hasard, pour le dire brutalement, a une gueule de loup américain, déguisé en ouistiti. Bref, l'état iranien n'est pas l'arme de destruction massive que l'on dit, et même, au contraire, question sibylline, n'est-il pas, là, la victime d'un complot? C'est en gros l'argument-massue de ce satellite qui se fait pour l'occasion détecteur d'écrans enfumés. Prolétaires, admirons cette fois, l'acrobatie démocratique qui conclut que tout compte fait et sur le long terme: l'Iran et la Suisse, même combat. Cette production idéologique qui flirte avec le roman policier, en effectuant des collés-copiés, la forme contemporaine du cadavre exquis des surréalistes, est la marque de la société d'indifférence, possédée par l'art de posséder son monde, en fabriquant des frontières à sa guise. Bouh! Fais-moi peur!

    Cette critique sur laquelle il est inutile de s'appesantir, tant elle est présente partout, et massivement, porte en fin de compte sur l'opportunité des divulgations faites par wikileaks. Avec le temps, on finit par tout savoir, il ne sert à rien de courir, etc. Et c'est vrai qu'en 2010, tous les lapins à montre à gousset ont bien conscience de la nécessité de sauver les juifs d'Auschwitz. La société d'indifférence en question est d'abord est avant tout hypocrite. Car si elle réclame du temps, de la distance, du recul, une frontière nationale pour délimiter le corps social, contre la prolifération anarchique d'objets non identifiés, au nom d'un soupçon, il va de soi, légitime, à propos de la cohésion des sociétés, menacées par la division sociale et la lutte des classes, l'Autre, cette fois réel, de la démocratie, qu'on peut escamoter un temps, mais pas dissoudre, d'où le recours aux services temporaires de dictatures limitées dans le temps et l'espace, c'est uniquement pour se donner le temps de fabriquer, ce qui, dans l'action, en temps réel, est impossible, un alibi.
    Et comme c'est un homme, le Crime en fait un carnaval, qui donne à celui-là qui obéit aux ordres, un air dégagé et libre, normal! L'intérêt de l'apparition de wikileaks dans le paysage médiatique réside donc en ce qu'il livre l'ordinaire de la richesse des nations: violence et corruption! Les états capitalistes, en effet, ont le monopole de la violence. Quant au terrorisme islamique, il y apparaît pour ce qu'il est, une force para-étatique que chaque état utilise et manipule selon sa volonté propre et en vertu des intérêts nationaux qu'il défend. Et comme la fluctuation de ces intérêts croît au rythme du marché, chaque état capitaliste pratique la restriction mentale, au nom du secret d'état qui n'est pas à mettre à la portée de n'importe quelle main, tout le monde n'est pas en état pas juger des sous-mains de la vente de sous-marins, n'est-il pas, et exige simultanément de ses colistiers la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Cette vérité n'étant pas la nôtre, nous appelons au défaitisme révolutionnaire et à une lecture attentive de wikileaks, loin de tout intérêt médiatique pour le sensationnel et l'anecdote. D'ailleurs ce qui fait sensation, dans les documents publiés, et par là devient publication intolérable, aux yeux des crabes de cocotier, c'est le banal justement!

    Prolétaires, gardons ceci, en mémoire: cette société vertueuse pratique le fichage policier et d'entreprise. Sa transparence est un miroir sans tain qui abrite sa police et diffuse sa propagande.

    Sauvons-nous nous-mêmes et faisons-nous confiance!

    Posté par Valentini, 02 décembre 2010 à 16:55 | | Répondre
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